Les périodes du Mésozoïque sont au nombre de trois : le Trias (251,9 à 201,4 millions d’années), le Jurassique (201,4 à 145 Ma) et le Crétacé (145 à 66 Ma), soit 186 millions d’années au total. Le règne des dinosaures ne s’est pas installé d’un bloc. Né discret au Trias, il prend le pouvoir après une extinction il y a 201 millions d’années, puis atteint sa plus grande diversité au Crétacé, la plus longue des trois périodes. Voici les dates à jour, ce qui distingue chaque période et la place surprenante de la France dans cette chronologie.
Trias, Jurassique, Crétacé : les dates et les durées des périodes du Mésozoïque
Le Mésozoïque, l’ancienne « ère secondaire », s’intercale entre le Paléozoïque (ère primaire) et le Cénozoïque (ère tertiaire et quaternaire). Il commence avec la plus grande extinction de l’histoire de la Terre, à la limite Permien-Trias, et s’achève avec la chute de l’astéroïde de Chicxulub. Ses trois périodes n’ont pas la même durée : le Crétacé pèse à lui seul 43 % de l’ère.
| Période | Dates actuelles (ICS) | Anciennes dates souvent citées | Durée | Part de l’ère | Époques / étages |
|---|---|---|---|---|---|
| Trias | 251,9 – 201,4 Ma | 251 – 199,6 Ma | 50,5 Ma | 27 % | 3 époques / 7 étages |
| Jurassique | 201,4 – 145,0 Ma | 199,6 – 145,5 Ma | 56,4 Ma | 30 % | 3 époques / 11 étages |
| Crétacé | 145,0 – 66,0 Ma | 145,5 – 65,5 Ma | 79 Ma | 43 % | 2 époques / 12 étages |
| Mésozoïque | 251,9 – 66,0 Ma | 251 – 65,5 Ma | 185,9 Ma | 100 % | 8 époques / 30 étages |
Ces bornes sont fixées par la Commission internationale de stratigraphie (ICS), qui publie l’échelle des temps géologiques. Chaque limite repose sur un GSSP, un « clou d’or » planté dans une couche de roche de référence. Celui de la base du Trias se trouve à Meishan, dans la province chinoise du Zhejiang, et correspond à l’apparition d’un minuscule fossile, le conodonte Hindeodus parvus.
Les chiffres 251, 199,6, 145,5 et 65,5 Ma viennent de l’échelle de 2004-2008 et circulent encore dans les encyclopédies et les manuels. Les datations radiométriques les ont corrigées : 66,0 Ma pour la fin du Crétacé, 201,4 Ma pour la fin du Trias. La base du Crétacé reste la seule limite du Mésozoïque sans GSSP ratifié, d’où le « ~145 Ma » de la charte officielle.
D’où viennent les noms Trias, Jurassique et Crétacé ?
Les trois noms décrivent des roches européennes, pas des animaux. Le Trias doit son nom au géologue allemand Friedrich August von Alberti, qui en 1834 regroupe trois couches superposées du sud de l’Allemagne : le grès bigarré (Buntsandstein), le calcaire coquillier (Muschelkalk) et les marnes du Keuper. Le Jurassique vient des calcaires du massif du Jura, repérés par Alexander von Humboldt dès 1795 puis formalisés par Alexandre Brongniart en 1829 ; ses trois séries, Lias, Dogger et Malm, reprennent d’anciens termes de carriers anglais. Le Crétacé vient du latin creta, la craie : Jean-Baptiste d’Omalius d’Halloy le définit en 1822 à partir de la craie du bassin de Paris.
La France est surreprésentée dans l’échelle des temps. Au Jurassique, l’Hettangien (Hettange-Grande, Moselle), le Sinémurien (Semur-en-Auxois), le Toarcien (Thouars) et le Bajocien (Bayeux) portent des noms de communes françaises. Au Crétacé, 9 étages sur 12 sont nommés d’après un lieu français : Berriasien (Berrias, Ardèche), Barrémien (Barrême), Aptien (Apt), Albien (l’Aube), Cénomanien (Le Mans), Turonien (Touraine), Coniacien (Cognac), Santonien (Saintonge) et Campanien (Champagne). La plupart ont été créés entre 1840 et 1852 par le paléontologue Alcide d’Orbigny, qui classait les couches d’après leurs fossiles. Ces fossiles repères, ammonites en tête, se forment selon un processus lent que détaille notre article sur les 5 étapes de la formation d’un fossile.
Le Trias (251,9 – 201,4 Ma) : des dinosaures nés discrets dans une Pangée aride
Le Trias s’ouvre sur un monde vidé : l’extinction Permien-Trias a fait disparaître plus de 80 % des espèces marines et une majorité des vertébrés terrestres. Les continents forment un seul bloc, la Pangée, entouré d’un océan unique, la Panthalassa, et entaillé à l’est par la mer de Téthys. L’intérieur du supercontinent est un désert chaud : température moyenne proche de 17 °C, CO₂ autour de 1 750 ppm, aucune calotte polaire. Seul l’épisode pluvial du Carnien, vers 234-232 Ma, interrompt pendant 1 à 2 millions d’années cette aridité.

Les premiers dinosaures apparaissent vers 231-230 Ma, dans la formation d’Ischigualasto, en Argentine. Eoraptor, découvert en 1991 par Ricardo Martínez et décrit par Paul Sereno en 1993, mesure 1 m ; Herrerasaurus atteint 3 m. Pendant près de 30 millions d’années, ils restent des acteurs secondaires : les grands prédateurs terrestres sont des pseudosuchiens, parents des crocodiles, comme les rauisuchiens de 5 à 7 m. Les dinosaures ne s’imposent en nombre qu’au Norien, vers 215 Ma, avec les prosauropodes comme Plateosaurus, un herbivore de 8 à 10 m retrouvé en Allemagne, en Suisse et dans le Jura français.
Le Trias pose aussi les autres lignées de l’ère. Les premiers ptérosaures (Eudimorphodon, Italie, vers 210 Ma) et les premiers mammaliaformes de la taille d’une musaraigne (Morganucodon, vers 205 Ma) y apparaissent, avec les premières tortues et des ichtyosaures géants comme Shonisaurus, long de 15 m. La flore est dominée par les gymnospermes : conifères, cycadales, ginkgos et fougères arborescentes.
Le Jurassique (201,4 – 145 Ma) : la crise qui donne le pouvoir aux dinosaures
La frontière Trias-Jurassique est la charnière du règne des dinosaures. Vers 201,5 Ma, la Pangée commence à se déchirer et libère la Province magmatique centre-atlantique (CAMP), des épanchements de lave sur plus de 10 millions de km². Le CO₂ et le soufre rejetés déclenchent une extinction qui emporte près des trois quarts des espèces, dont la quasi-totalité des pseudosuchiens géants. Les dinosaures traversent la crise et occupent les niches laissées vides.

Au Jurassique, la Pangée se scinde en deux : la Laurasie au nord, le Gondwana au sud, séparés par l’Atlantique central qui s’ouvre entre 180 et 170 Ma. Le climat devient plus humide, les côtes se multiplient, et les forêts de conifères nourrissent les plus grands animaux terrestres jamais apparus.
Au Jurassique supérieur, la formation de Morrison (États-Unis) livre Diplodocus (25 à 27 m), Brachiosaurus (22 à 26 m), le stégosaure (9 m) et son prédateur Allosaurus (8,5 m), tous datés de 155 à 150 Ma. Vers 150 Ma, Archaeopteryx, trouvé dans les calcaires de Solnhofen (Bavière) en 1861, montre des plumes sur un squelette de petit théropode : les oiseaux sont des dinosaures.
La France garde des traces directes de cette période. À Plagne, dans l’Ain, une piste de sauropode longue de 155 m, laissée vers 150 Ma et découverte en 2009, compte parmi les plus longues du monde. En Normandie, les calcaires du Bathonien ont livré Poekilopleuron, décrit en 1838, et Dubreuillosaurus. Dans les mers, plésiosaures, ichtyosaures, ammonites et bélemnites prospèrent dans une Téthys chaude et peu profonde qui recouvre une grande partie de l’Europe.
Le Crétacé (145 – 66 Ma) : la période la plus longue et la plus riche en dinosaures
Le Crétacé dure 79 millions d’années, plus que le Trias ou le Jurassique. C’est aussi la période qui compte le plus grand nombre d’espèces de dinosaures décrites, contrairement à l’image d’un Jurassique « âge d’or ». Le Gondwana se fragmente à son tour : l’Atlantique Sud s’ouvre vers 130 Ma, l’Inde part vers le nord. Le niveau marin atteint 100 à 250 m au-dessus de l’actuel, si bien qu’un tiers des terres émergées d’aujourd’hui sont sous l’eau ; la craie du bassin de Paris naît de l’accumulation de coccolithes, des algues microscopiques, sur ces fonds marins.

La révolution du Crétacé est végétale. Les plantes à fleurs, ou angiospermes, apparaissent au Crétacé inférieur (Archaefructus, Chine, vers 125 Ma) et dominent la plupart des paysages vers 100 Ma. Les herbivores suivent : iguanodons d’abord, dont une trentaine de squelettes extraits de la mine de Bernissart (Belgique) en 1878, puis hadrosaures à bec de canard et cératopsiens.
Les géants se succèdent : Argentinosaurus (30 à 35 m, vers 94 Ma), Spinosaurus (99 à 94 Ma), Velociraptor (75 à 71 Ma), puis Tyrannosaurus et Triceratops, contemporains de 68 à 66 Ma. Dans le ciel, Quetzalcoatlus déploie 10 à 11 m d’envergure ; dans les mers, les mosasaures, dont le premier fossile sort d’une carrière de Maastricht, la ville qui a donné son nom au dernier étage du Crétacé.
En France, le Crétacé est la période la mieux documentée. Le gisement d’Angeac-Charente, daté du Berriasien (vers 140 Ma), a livré en 2019 un fémur de sauropode de 2,2 m. Le titanosaure Ampelosaurus vient de l’Aude, et la montagne Sainte-Victoire, près d’Aix-en-Provence, abrite des milliers d’œufs de dinosaures du Crétacé supérieur. Les crânes de cette fin de période, tyrannosaure et tricératops en tête, se prêtent à l’observation de près. Une réplique de crâne de dinosaure montre la denture d’un carnivore ou le bec d’un cératopsien mieux qu’une photo.
Il y a 66,0 millions d’années, un astéroïde de 10 km frappe le Yucatán et creuse le cratère de Chicxulub, large de 180 km. Les trapps du Deccan, en Inde, déversent alors déjà des millions de km³ de lave. Près de 75 % des espèces disparaissent : dinosaures non aviens, ptérosaures, mosasaures, plésiosaures et ammonites. Le déroulé de cette catastrophe, heure par heure, fait l’objet de notre article sur les dernières heures avant l’extinction des dinosaures non aviens. Seuls les oiseaux, petits dinosaures à plumes, prolongent la lignée jusqu’à nous.
Trias, Jurassique, Crétacé : ce qui change d’une période à l’autre (continents, climat, flore, dinosaures)
Lus côte à côte, les trois chapitres montrent un monde qui se fragmente, se mouille et se couvre de fleurs, pendant que les dinosaures passent de la marge au sommet.
| Critère | Trias | Jurassique | Crétacé |
|---|---|---|---|
| Continents | Pangée unique, Panthalassa | Laurasie et Gondwana, Atlantique central | Continents proches des actuels, Atlantique Sud ouvert |
| Climat | Chaud et aride, déserts intérieurs | Chaud et plus humide | Très chaud, pôles sans glace, mers hautes |
| Flore dominante | Conifères, cycadales, fougères | Conifères géants, ginkgos | Angiospermes (plantes à fleurs) dès 100 Ma |
| Place des dinosaures | Minoritaires jusqu’à 215 Ma | Dominants, sauropodes géants | Diversité maximale |
| Dinosaures repères | Eoraptor, Herrerasaurus, Plateosaurus | Diplodocus, Brachiosaurus, Allosaurus, stégosaure | Iguanodon, Spinosaurus, Velociraptor, T. rex, Triceratops |
| Mers | Ichtyosaures, placodontes | Plésiosaures, ammonites, bélemnites | Mosasaures, requins modernes |
| Fin de période | Extinction CAMP (201,4 Ma) | Transition sans crise majeure (145 Ma) | Chicxulub + Deccan (66 Ma) |
5 erreurs fréquentes pour situer un dinosaure dans le Mésozoïque
Les écarts de temps du Mésozoïque dépassent l’intuition : deux dinosaures « préhistoriques » peuvent être séparés par plus de temps qu’il n’en sépare le dernier d’entre eux de notre époque.
- Placer le T. rex au Jurassique. Il vit de 68 à 66 Ma, à la toute fin du Crétacé. La plupart des vedettes de Jurassic Park, tyrannosaure, vélociraptor et tricératops, sont crétacées.
- Croire que tous les dinosaures ont vécu ensemble. Le stégosaure (155-150 Ma) et le T. rex sont séparés de plus de 80 millions d’années : le T. rex est plus proche de nous (66 Ma) que du stégosaure. Les fonctions de ses plaques sont détaillées dans notre article sur les plaques dorsales du stégosaure.
- Faire régner les dinosaures dès le début du Trias. Ils apparaissent 20 millions d’années après son ouverture et ne dominent qu’après la crise de 201 Ma : leur histoire couvre 165 millions d’années (231 à 66 Ma), mais leur domination n’en dure que 135, de 201 à 66 Ma.
- Classer ptérosaures, plésiosaures et mosasaures parmi les dinosaures. Ce sont des reptiles contemporains, sur des branches distinctes ; seuls les animaux terrestres à posture dressée de la lignée des saurischiens et des ornithischiens sont des dinosaures.
- Retenir les anciennes dates comme définitives. 65,5 Ma pour l’extinction et 251 Ma pour le début du Trias sont des valeurs dépassées : 66,0 et 251,9 Ma sont les références actuelles.
Pour fixer cette chronologie chez un enfant, le support le plus efficace reste matériel : poser une frise de 186 cm au sol, à raison de 1 cm par million d’années, et y placer chaque animal à sa date. Une collection de figurines de dinosaures fournit les repères : le Plateosaurus se pose vers 37 cm du départ, le stégosaure vers 100 cm, le T. rex dans les 2 derniers centimètres.
Notre conseil : répartissez les figurines en trois bacs, Trias, Jurassique et Crétacé, avant d’ouvrir la frise. L’enfant constate seul que le bac du Crétacé déborde et que celui du Trias reste presque vide, ce qui fixe mieux la chronologie qu’une liste de dates.
Le même exercice se prolonge sur une table avec des puzzles de dinosaures : reconstituer un squelette ou une scène, puis nommer sa période. Ajouter l’étage au nom français, Cénomanien pour Le Mans ou Campanien pour la Champagne, ancre le vocabulaire des périodes du Mésozoïque dans la géographie du lecteur.
